Envoyer une photocopie de sa carte d'identité expose à l'usurpation d'identité. Le gouvernement rend possible un justificatif numérique signé électroniquement pour sécuriser les démarches administratives, mais certains ne jouent pas encore le jeu.

Le service France Identité met en avant un justificatif d'identité à usage unique, présenté comme une alternative sécurisée et gratuite à la traditionnelle photocopie de carte d'identité, qu'on peut parfois envoyer à droite et à gauche, avec tous les risques qui en découlent. L'idée consiste en effet à remplacer la sempiternelle photocopie recto-verso par un document PDF signé électroniquement, limité dans le temps et cantonné à un seul et unique destinataire. Sur le papier, la promesse séduit d'autant plus que les fraudes à l'identité sont en forte hausse ces dernières années. Mais ce sésame numérique est-il vraiment accepté partout où on le présente ? Il y a encore du boulot !
France Identité propose un document plus sûr que la photocopie de carte d'identité
Selon les chiffres avancés par France Identité, l'usurpation de titre est l'une des escroqueries les plus répandues, et près d'un Français sur cinq (18 %) affirme en avoir déjà été victime. Le service de justificatif d'identité à usage unique, porté par France Titres avec le soutien de plusieurs ministères, cible directement une habitude devenue banale, qui consiste à sortir son téléphone, à scanner telle ou telle pièce d'identité et à envoyer l'image au premier bailleur ou opérateur venu.
Concrètement, tout se passe depuis l'application France Identité. Il suffit de poser sa carte nationale d'identité contre son smartphone, le temps que celui-ci en lise la puce, d'où la consigne affichée à l'écran, « ne bougez pas la carte ». L'utilisateur précise ensuite à qui le document est destiné, pour combien de temps il restera valable, et il peut même y ajouter un motif, le site officiel prenant l'exemple d'une location d'appartement. Une fois son code personnel saisi pour confirmer l'opération, le justificatif est généré. Il porte alors un numéro de série unique, un QR code de vérification, ainsi que la signature électronique du ministère de l'Intérieur, qui en garantit l'authenticité.
La signature repose sur la technologie PAdES, censée rendre le fichier infalsifiable, contrairement à une photocopie classique, qu'une personne malveillante peut, selon France Identité, facilement récupérer et modifier pour usurper l'identité de son propriétaire. Le document ne dévoile que les données strictement nécessaires, sans jamais faire apparaître le visuel complet de la carte d'identité, photo comprise. Une manière de cloisonner l'usage de ses informations personnelles.

Vérifier un justificatif, mode d'emploi et limite à connaître
Pour s'assurer qu'un justificatif reçu est bien authentique, les destinataires (bailleurs, administrations, entreprises) disposent d'un outil en ligne dédié. Il suffit d'y déposer le fichier PDF pour que sa validité soit vérifiée automatiquement. Un détail pratique à connaître, que nous avons pu expérimenter : chaque fichier ne doit pas dépasser 500 ko pour être traité, soit à peine plus lourd qu'une photo compressée. Une contrainte sans conséquence en usage classique, mais qui pourrait, on l'imagine, poser souci si le PDF a entretemps été scanné ou réenregistré, une manipulation qui a tendance à alourdir sensiblement la taille d'un fichier.
Le problème, c'est que dans les faits, l'acceptation est loin d'être garantie. Sur les réseaux sociaux, plusieurs témoignages racontent une mésaventure similaire. Certains ont vu leur justificatif être recalé par un CROUS, une préfecture, une mairie ou une compagnie d'assurance, qui continuent d'exiger la bonne vieille photocopie recto-verso. Une internaute raconte même que sa fille, pourtant majeure, s'est vue refuser l'entrée d'un bar faute de pouvoir présenter sa carte d'identité physique. Alors faute de mieux, certains reviennent à la photocopie classique, en y ajoutant simplement un filigrane, une mention visible apposée sur le document pour limiter les risques de réutilisation frauduleuse, en attendant que le justificatif officiel soit plus largement accepté.
Les testeurs ont aussi remarqué que si le destinataire du document est obligatoire, le motif d'utilisation, lui, reste facultatif. Rien n'empêche donc, en théorie, qu'un même justificatif soit réutilisé pour un usage différent de celui prévu au départ, dès lors qu'il est adressé au même destinataire. Même le filigrane évoqué plus haut, souvent présenté comme un garde-fou par ceux qui préfèrent encore la photocopie classique, n'offre pas une protection absolue. Un professionnel de la cybersécurité rappelle qu'il peut être effacé ou modifié à l'aide d'un simple logiciel de retouche photo, voire d'une intelligence artificielle. De quoi rappeler qu'un outil, aussi bien conçu soit-il, ne vaut que par l'usage qu'en font ceux qui le reçoivent, encore faut-il qu'ils sachent qu'il existe.
